ile du monde

En accord avec la loi de 1901, Île du Monde est une association fondée en Juin 2012. Ses créateurs, un groupe d’amis, avaient décidés de partir à la recherche de l’Autre. L’Autre est celui qui appartient à une autre culture. L’Autre est un frère que l’on n’arrive pas à comprendre très bien car il est né ailleurs. Cependant, ici et maintenant en Île de France, on cohabite tous très près les uns des autres. On partage métro, cafés, jardins, cinémas ainsi qu’une langue, la langue française.
Pourquoi alors, ne pas se rapprocher?
Si vous êtes curieux, si vous aussi, avez envie de découvrir l’Autre, nous vous invitons à lire la suite pour mieux comprendre notre démarche. Pour cela, nous avons imaginé une conversation entre vous et nous :
Qui êtes-vous ?
Nous sommes un groupe hétéroclite de gens spécialisés en sociologie, anthropologie, ingénierie culturelle, économie, médiation culturelle, tourisme durable, …
Qu’est-ce que vous faites ?
L’objectif principal de l’association Île du Monde est celui de mettre en valeur et de préserver le patrimoine culturel immatériel, l’un des facteurs les plus importants du maintien de la diversité culturelle francilienne.
La diversité culturelle, c’est quoi exactement ?
D’après l’UNESCO, la diversité culturelle renvoie à la multiplicité des formes par lesquelles les cultures des groupes et des sociétés trouvent leur expression. Ces expressions se transmettent au sein des sociétés.
Mais, quelles cultures et quels groupes ?
Tous. C’est-à-dire, les communautés d’origine francilienne et celles issues de l’immigration nationale et internationale. Quelques exemples : les habitants de la Haute Vallée de Chevreuse en Yvelines, les Bretons de Montparnasse ou les Maliens de Montreuil.
Un peu large comme sujet, non ?
Oui. Cependant, l’intérêt de l’association est plus concret. Nos actions de valorisation vont cibler seulement un aspect de cette diversité culturelle, ce qu’on dénomme : le patrimoine culturel immatériel francilien.
Alors, c’est quoi le patrimoine culturel immatériel ?
Ce sont les traditions transmises de génération en génération. Mais si l’on veut être plus spécifique, on peut citer une fois de plus l’UNESCO : On entend par “patrimoine culturel immatériel” les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés.
Exemples ?
La Convention de 2003 de l’UNESCO parle de cinq domaines principaux : (a) les traditions et expressions orales ; (b) les arts du spectacle ; (c) les pratiques sociales, rituels et événements festifs ; (d) les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ; (e) les savoir-faire liés
à l’artisanat traditionnel. Donc tout ce qui est musique traditionnelle, pantomime, transmission orale de contes, artisanat, médecine traditionnelle, fêtes, langues minoritaires, théâtre populaire, savoirs écologiques traditionnels, cosmologie, gastronomie, sports traditionnels…
Est-ce que ça n’est pas ça le folklore ?
Pas tout à fait. La notion de patrimoine culturel immatériel véhicule une idée de dynamisme et contemporanéité qui n’existe pas dans le concept de folklore. Le patrimoine culturel immatériel relève de la culture au présent, de l’art contemporain. A partir des connaissances reçues, on réinterprète la pratique culturelle, on l’adapte au nouveau contexte social, on la recrée en tenant compte des influences actuelles. L’intérêt du folklore n’est pas étranger à celui des musées, il préfère conserver l’objet tel qu’il était, fixer le passé. Or, l’homme, en tant que créateur des expressions culturelles n’est pas un objet, il évolue, et avec lui, les traditions se transforment.
Encore des exemples ?
Les musiques traditionnelles, telles que la musique de la kora, le blues, le flamenco, sont en pleine évolution grâce aux échanges interculturel, comme nous montre l’excellente fusion de blues et musique touareg du groupe Tinariwen.

Les tisserandes de tapis berbères transmettent depuis millénaires la technique du tissage à leurs filles. Les motifs qu’elles tissent sont souvent des dessins géométriques d’origine très ancienne, cependant on trouve aussi des motifs contemporains qui représentent des soldats ou encore des voitures, comme ceux de la tribu Beni Saaden que nous montre une boutique en ligne.

A la veille de l’équinoxe de printemps à Valence (Espagne), se déroule une grande célébration festive où le feu brûle des monuments en matériaux composites fabriqués par des sculpteurs spécialisés. Cette fête est appelée Las Fallas. Dans la plupart des cas ces monuments reproduisent des caricatures des personnages de la vie sociale et publique, mais dernièrement certains artistes ont montré une nouvelle   voie, plus expérimentale, en créant des monuments qui se rapprochent de l’art contemporain non figuratif.

Comment comptez-vous mettre en valeur le patrimoine culturel immatériel francilien ?

Malgré toutes nos idées on se concentre pour l’instant sur deux projets très concrets. Le premier est l’élaboration d’un inventaire participatif des pratiques traditionnelles en Île de France. Comme démontré précédemment, c’est un sujet très large comportant cinq domaines (arts du spectacle, transmission orale, célébrations, savoir-faire et rituels concernant la nature et l’univers) multipliés par toutes les communautés culturelles représentées en Île de France. Pour ce projet, nous avons à tout prix besoin de la participation de la communauté car d’une part nous ne pouvons pas continuer sans son consentement, d’autre part et à cause de la dispersion de la population migrante, il nous faut son aide pour trouver les porteurs de traditions (voir la rubrique « inventaire participatif »).

Le deuxième projet est peut-être celui qui résume le mieux notre mission. Nous voulons concevoir des moments d’échanges interculturel. Nous voulons que ceux qui participent à ces expériences de partage puissent mieux appréhender la culture de l’Autre. Il ne s’agit pas seulement d’assister à un concert de musique ou de manger dans un restaurant exotique et de rentrer chez soi dans la foulée. Il s’agit en plus et principalement de rencontrer l’Autre, le porteur de tradition ; c’est-à-dire le musicien, la grand-mère qui connaît une recette de cuisine, le maître d’art, l’artisan, le danseur, le conteur, celui qui vient d’arriver ou celle qui habite parmi nous depuis des années et dont on ne sait rien. Il s’agit de discuter tranquillement avec l’Autre pour mieux le comprendre lui et pour qu’il nous comprenne mieux aussi. Il s’agit de se faire plaisir, de s’amuser, de découvrir, d’explorer, d’arpenter le monde en restant en région parisienne.

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De gauche à droite : Daniel Ortiz (anthropologue), Frida Calderón (anthropologue), Pepe Pastor (médiateur culturel), Carlo Barletta (président et chargé Rencontres cuisine), Simone Tortoriello (sociologue).